"Barococo" Yû Nagashima
Du narrateur nous ne connaissons rien pas même le nom, nous savons seulement qu'il a la trentaine et qu'il a fait des études. C'est un voyageur sans bagage -ses biens tiennent dans une valise à roulettes - et sans attache - il semble qu'il se soit éloigné de sa famille, au propre comme au figuré.
Il vient de se faire engager par l'antiquaire Mikio pour gérer l'annexe du magasin "Barococo". Il fait le ménage, reçoit les (rares) clients, aide l'antiquaire à déménager les meubles de l'annexe au magasin principal - qui est une remise dans la propriété familiale - ou vice-versa, l'accompagne parfois sur des brocantes. Il loge à l'étage dans une pièce sans chauffage, qui sert de réserve et qui est encombrée de meubles.
Il n'est pas indifférent. Plusieurs personnages vont bientôt tourner autour de lui.
Asako et Yûko, leurs parents sont divorcés, elles vivent chez leur grand-père, propriétaire de l'immeuble. La silencieuse Asako qui prépare son ouvrage de fin d'études artistiques en sciant des planches dans la cour, et l'exubérante Yûko qui rend souvent visite au narrateur dans la magasin et le prend comme confident.
Mizue vient tous les jours et n'achète jamais rien. Mais ce n'est pas vraiment une cliente, Mikio a demandé au jeune homme de bien la recevoir. A-t-elle été son amie? Mizue, la trentaine, séparée de son mari, vit dans le quartier. Elle offre au narrateur un radiateur et de la vaisselle pour améliorer son ordinaire. Il l'aide à passer son permis de conduire car elle veut un scooter.
Il est attentif à leurs problèmes et disponible, mais plus observateur qu'acteur.
Avec son patron il va rencontrer la mystérieuse Françoise, la Française fan de sumo, propriétaire des tableaux remisés dans l'annexe. A-t-elle été, elle aussi, l'amie de l'antiquaire? A la mort de son grand-père, elle les invite à venir en France récupérer les meubles familiaux. Pour sauver Mikio de la faillite?
Tout le petit groupe ira à Paris chez Françoise.
Un quartier tranquille où le narrateur entend un cri de goéland - il découvrira que c'est le rideau électrique d'une librairie voisine; des habitants qui se retrouvent au magasin "Barococo" autour d'un café instantané, ou, pour les grandes occasions, autour d'un thé de luxe à la poussière d'or; un moment de vie avec de petites joies et sans grands problèmes. Attachant.
Mais inquiétant aussi. Le narrateur semble n'avoir ni passé ni futur, ni passion ni intérêt, ni ami ni distraction, à part la lecture.
L'auteur, Yû Nagashima, né en 1972, a l'âge de ses personnages. Est-ce un message?
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