Milice d'extrême droite

Milice d’extrême droite en Hongrie :

La Magyar Garda

A première vue ils ne semblent pas franchement effrayants, avec leur uniforme composé d’un gilet noir sans manches et d’une chemise blanche, on dirait presque de bons vieux garçons de café parisiens. En les voyant marcher au pas on a du mal à réprimer un sourire bienveillant comme en voyant un jeune enfant  faire maladroitement ses premiers pas. Lorsque le capitaine d’une voix martiale leur ordonne de faire un demi tour, près de la moitié se trompent de sens, il est clair que nombre d’entre eux ont encore du mal à faire la distinction entre leur gauche et leur droite…

Mais le sourire qu’ils pourraient nous inspirer s’estompe rapidement. Derrière la façade quelque peu boy-scout qu’ils aiment afficher se cache une organisation para-militaire raciste et potentiellement violente.

La Magyar Garda

est une émanation d’un petit parti politique d’extrême droite qui a le vent en poupe depuis quelques années. Jobbik, jeu de mot en hongrois qui signifie tout à la fois « les plus à droite » et « les meilleurs » a réussi depuis quelques années à supplanter l’ancien parti d’extrême droite, le MIEP, du très ringard Ivan Csurka.

Leur recette : faire jeune, ou plutôt assaisonner les bonnes vieilles idées xénophobes avec un style jeune cadre dynamique, et ça marche ! Finies les blagues antisémites sur Auschwitz autour d’une bouteille de Soproni, la bière locale, à présent le racisme porte un costard cravate et la raie bien tracée sur le côté. Ils font tellement « jeunes gens fréquentables » que le Fidesz, principal parti de droite qui est dans l’opposition face aux très impopulaires sociaux démocrates (MSzP), n’hésite pas localement à s’allier avec eux.

Mais malheureusement il manquait à cette nouvelle stratégie, « raciste oui, mais propre sur soi », une dimension ludique. La création de

la Magyar Garda

en été 2007 est venue combler ce manque. A présent en plus d’écouter les discours soporifiques de leurs deux leaders Gabor Vona et Krisztina Morvai, les jeunes racistes hongrois peuvent s’adonner à des exercices militaires, c’est quand même cool la guerre !  

Mais

la Magyar Garda

, qui, pour ne pas être interdite, doit se présenter comme association « culturelle » ne pense pas seulement à s’amuser, elle a une autre ambition : effrayer. Le problème auquel est confrontée

la Magyar Garda

est qu’en Hongrie il n’existe pas le moindre début de mouvement anti-fasciste à essayer d’intimider, alors les miliciens ont eu une idée : faire peur à la partie de la population hongroise la plus pauvre et la plus vulnérable, c’est à dire les Roms. Bon, ça peut donner l’impression de s’en prendre à plus faible que soi, mais a-t-on jamais vu l’extrême droite s’attaquer à plus fort qu’elle ?

Les Jobbik-Magyar Garda après s’être proclamés experts en criminologie ont accouché d’un nouveau concept, celui de la « délinquance tsigane » qui selon eux serait de nature totalement différente de la délinquance classique (c’est-à-dire de celle dont les auteurs ont la peau un peu moins basanée). Au nom de la lutte contre la « délinquance tsigane »

la Magyar Garda

a organisé des défilés style militaire dans des villages isolés où se trouvaient d’importantes communautés romes. Il n’est pas difficile d’imaginer l’impression qu’a pu faire sur les familles romes la vue de  plusieurs centaines de paramilitaires d’extrême droite défilant dans leur village et ceci dans la quasi indifférence du reste de la société hongroise.

Forts de leur milice les Jobbik aimeraient bien faire leur entrée sur la scène politique par la grande porte en se présentant aux élections européennes. Les instituts de sondages leur accordent un siège, dans un an lors des élections législatives hongroises les Jobbik pourraient également siéger au Parlement de Budapest…

Guillaume Carré

L'immobilier hongrois

Vent de panique sur le marché immobilier hongrois

En Hongrie, où de nombreux particuliers se sont endettés en devises étrangères pour acheter leur logement, l’effondrement du forint commence à avoir des conséquences catastrophiques. Pour les spécialistes de la question, le surendettement lié à l’immobilier pourrait avoir des répercutions imprévisibles.

Viktoria, la trentaine, travaille dans un cabinet d’architecture, avec un salaire net de 170.000 forints par mois (ce qui correspondait avant la crise à 680 euros et à présent à seulement 570 euros) elle gagne plutôt bien sa vie pour une Budapestoise.

Dans un pays où 90 % de la population est propriétaire de son logement, Viktoria a, en 2006, tout naturellement décidé d’acheter un deux pièces de

53 m2

en centre ville. Elle emprunte donc 8 millions de forints (32.000 euros avant la crise) remboursables mensuellement sur 25 ans auprès de la banque Erste.

« Le prêt m’a été accordé assez facilement dit-elle dans un soupir, l’agence immobilière comme la banque m’ont conseillé d’emprunter en francs suisses car c’est une devise plus stable. Ils ne m’ont à aucun moment prévenue des risques, ils se sont contentés de dire que le taux de remboursement mensuel fluctuerait légèrement en fonction du taux de change. A l’époque je devais rembourser 55.000 forints par mois, ce qui correspond à  peu près un tiers de mon salaire, maintenant je dois rembourser 70.000 forints par mois ! Je ne m’en sors plus, je n’en dors plus la nuit, je ne peux même pas revendre mon appartement car il a perdu toute sa valeur… »

Le cas de Viktoria n’est pas isolé. « Les chiffres précis n’existent pas mais nous savons que le surendettement lié à l’achat d’un logement est un phénomène massif » explique Mark Szabo analyste au Perspective Institut. Les chiffres avancés par le chercheur donnent le tournis, l’endettement lié au logement représenterait pas moins de 13% du produit intérieur brut hongrois.

En 2000 52% des prêts étaient accordés en devises étrangères contre 80% en 2008 (surtout en francs suisses et en euros). « Ni l’Etat ni les banques ont assumé leurs responsabilités, s’agace Mark Szabo, à aucun moment ils n’ont prévenu le public des risques de s’endetter dans une devise étrangère, ils n’ont jamais pris en considération que le forint pourrait éventuellement un jour perdre beaucoup de sa valeur ! Un vent de panique est en train de souffler et ce n’est que le début, les banques se retrouvent avec des logements de clients insolvables, logements dont ils ne savent que faire car à présent invendables ! »

Révérend Ivanyi

Révérend Gabor Ivanyi

 

Une vie aux côtés des pauvres

 

« Je suis issu d’une famille de onze enfants, je crois que c’est ça qui m’a appris la solidarité ». Homme d’Eglise et homme de gauche, le révérend Gabor Ivanyi s’est fait connaître en Hongrie et bien au delà pour son action envers les plus défavorisés ainsi qu’envers la minorité rrome victime tout autant de pauvreté que de discriminations.

 

Le combat du révérend Ivanyi contre la misère commence à la fin des années 1970 alors que

la Hongrie

est encore une démocratie populaire. « J’ai été envoyé comme prêtre dans le nord-est du pays, la région la plus pauvre de Hongrie mais aussi celle où la communauté rrome est la plus importante ! J’ai été confronté à un niveau de misère auquel je ne me serais pas attendu, j’ai aussi pris pleinement conscience des discriminations qui frappent les Rroms ». Avec d’autres intellectuels Ivanyi fonde à la même époque le SzETA, une association pour venir en aide aux plus défavorisés et qui dénonce également l’existence de foyers de pauvreté dans

la Hongrie

socialiste.

 

Lors du changement de régime le révérend Ivanyi participe à la vie politique de son pays, proche du parti des anciens dissidents de gauche (SzDSz) il est élu deux fois au Parlement. « A chaque fois j’étais dans l’opposition, je me sens bien uniquement dans l’opposition, dit-il en souriant, à présent je compte me présenter aux élections européennes de juin sur la liste du SzDSz (gauche libérale).

 

Depuis il a créé l’association caritative Oltalom (Abris) qui vient en aide aux « sans abri « en les hébergeant et en leur fournissant des soins médicaux.

 

Guillaume Carré

La Hongrie face à la crise

La Hongrie

vulnérable face à la crise

 

La crise économique internationale qui frappe

la Hongrie

de plein fouet vient s’additionner à une profonde crise budgétaire, sociale, voire morale que traverse le pays depuis 2006. Les mesures d’austérité exigées par les instances internationales en échange d’une bouffée d’air financière viennent, elles, s’ajouter à un plan d’austérité particulièrement drastique lancé il y a trois ans.

 

Pour la population hongroise la crise économique qui s’annonce ressemble à un véritable coup de grâce après des années de privation due à la situation financière catastrophique du pays.

La Hongrie

, qui, il y a encore dix ans, était l’un des pays d’Europe centrale les plus prometteurs traverse également une terrible crise de confiance.

 

Avec un déficit public de 8% en 2006

la Hongrie

a dû accepter des mesures douloureuses pour rééquilibrer ses comptes, des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires supprimés, stagnation voire bien souvent régression du pouvoir d’achat, hausse du prix de l’énergie, des transports, etc.

 

Alors que certains indicateurs commençaient juste à donner des signes positifs en 2008,

la Hongrie

se voit confrontée à une crise internationale à laquelle elle n’est pas en mesure de faire face. Au bord de la faillite, le pays a déjà eu à accepter en octobre 2008 une aide internationale de 25 milliards d’euros dont une partie venant du Fonds Monétaire International.

 

Alors que le FMI prévoît un effondrement du PIB de l’année en cours, les Hongrois doivent faire face à une hausse du chômage significative avec un taux record de 8,4 % de demandeurs d’emploi pour la période novembre-janvier. L’agence de presse hongroise MTI annonce, quant à elle, la suppression de 20.000 emplois depuis octobre 2008.

 

Mais ce qui assurément risque de toucher le plus durement la population hongroise est l’écroulement du forint, la devise nationale. Oscillant entre 250 et 260 forints contre un euro en 2008, la monnaie a connu une chute vertigineuse dépassant le seuil psychologique des 300 forints pour un euro au début de l’année et atteignant même en mars 2009 les 310 forints pour un euro.

 

Cette chute du forint face à l’euro ne touchera pas seulement le pouvoir d’achat sur les produits d’importation courants. Les Hongrois des classes moyennes sont très généralement propriétaires de leur logement ce qui implique un fort taux d’endettement en devises étrangères (en euro mais aussi très souvent en franc suisse). La hausse de l’euro rend les taux de remboursement mensuel prohibitifs, ce qui met en difficulté de nombreuses familles hongroises.

La Hongrie en première ligne contre les OGM

La Hongrie en première ligne contre les OGM -pour "L'Humanité" du 6 février 2009

Le 21 janvier 2009 la Commission Européenne sur la proposition de l’AESA (L’Agence Européenne pour la Sécurité Alimentaire) a demandé à la Hongrie de lever son moratoire sur les OGM et plus spécifiquement sur le seul qui soit autorisé dans l’Union Européenne, le MON 810 de la firme Monsanto. Budapest a refusé la proposition de la Commission Européenne

En 2005, peu de temps après son adhésion à l’Union Européenne,la Hongrie avait décidé de bannir les OGM de son territoire jusqu’à ce que la communauté scientifique ait acquis plus d’éléments sur la question.La Hongrie a ainsi été le premier pays de l’Union Européenne à prendre une telle mesure.

La position défavorable aux OGM fait consensus dans le pays. Les 5 principaux partis politiques hongrois se sont mis d’accord pour une politique commune visant à empêcher la culture transgénique en Hongrie. Cette politique n’est pas seulement due à des considérations environnementales,la Hongrie, second producteur de maïs aprèsla France, espère aussi profiter commercialement du label « sans-OGM » de ses produits. Joszef Graf, le Ministre de l’Agriculture a ainsi récemment déclaré que les produits agricoles hongrois « sans-OGM » pourraient dans le futur être vendus sur les marchés de 20 à 25% plus chers que les produits contenant des OGM.

Le 2 mars le Conseil des Ministres de l’Environnement débattra du moratoire hongrois sur le MON 810. Si le Conseil des Ministres demande la levée du moratoire hongrois, ce qui semble probable,la Hongrie aura encore d’autres recours et il est peu vraisemblable que la Hongrie doive accepter les OGM contre son gré.

Le Conseil des Ministres du 2 mars aura des conséquences bien au delà de la Hongrie,la France et la Grèce ont également imposé un moratoire sur le MON 810 et une défaite de la Hongrie affaiblirait la position de ces deux pays dont le cas devrait être débattu en juin par le même Conseil des Ministres. La fin de ces moratoires pourrait aussi faciliter l’introduction voulue par la Commission Européenne de deux autres OGM, le TC 1507 (Pionee) et le Bt 11 (Syngenta).

La position « pro-OGM » de la Commission se base sur le groupe de travail de la AESA. Balazs Tomori responsable à Budapest de la question des OGM à Greenpeace s’étonne : « Nous ne sommes pas sûrs que les scientifiques de ce groupe de travail soient réellement indépendants et comment se fait-il que l’ensemble du monde scientifique trouve des inconvénients ou matière à inquiétudes par rapport aux OGM et que les travaux de ce groupe de travail soient unilatéralement positifs quant aux OGM ? ».

Guillaume Carré

Tensions nationalistes entre la Hongrie et la Slovaquie

Tensions nationalistes entre la Hongrie et la Slovaquie - pour "L'Humanité" 19 novembre 2008

Depuis début novembre les relations se sont fortement dégradées entre les deux pays voisins membres de l’Union Européenne. Par extrême- droite  interposée Budapest et Bratislava se livrent à un bras de fer psychologique. A Strasbourg cette situation a brièvement été évoquée lundi par les Parlementaires européens.

C’est l’intervention de la police anti-émeute slovaque qui, samedi 1er novembre, a déclenché la crise. Sans raison apparente les forces de police slovaques ont chargé les supporteurs hongrois lors d’un match de football entre les deux pays à Dunajska Streda, faisant une dizaine de blessés dont deux sérieusement atteints.

A Budapest l’incident a été instantanément monté en épingle par l’extrême droite hongroise qui a organisé plusieurs manifestations réunissant une centaine de personnes devant l’ambassade de Slovaquie, pendant lesquelles le drapeau slovaque a été brûlé.

Le 9 novembre, des membres d’une organisation d’extrême droite hongroise, la Garde Nationale Hongroise, se sont déplacés à Kralovsky Chlmec en Slovaquie pour commémorer les 50 ans de la partition, au profit de la Hongrie, de la Tchécoslovaquie par les nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale. Vingt-huit participants ont brièvement été appréhendés par la police slovaque.

Le surlendemain deux autres organisations d’extrême droites hongroises, les Jobbik et la Magyar Garda, ont manifesté sur plusieurs points de la frontière entre la Hongrie la Slovaquie.

Les deux gouvernements se rejettent la responsabilité des évènements. Ferenc Gyurcsàny, le Premier Ministre hongrois, a officiellement demandé à son homologue, Robert Fico, des explications sur les violences policières de Dunajska Streda. Pour sa part Robert Fico a déclaré quant à la manifestation de Kralovsky Chlmec « Il est intolérable que des nazis hongrois fassent une marche sur le territoire slovaque [remettant en cause l’indépendance de la Slovaquie] ».

Les relations entre la Hongrie et la Slovaquie ont toujours été difficiles. La Slovaquie fit partie de la Hongrie jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale et la création de la Tchécoslovaquie. Près de 500.000 Hongrois vivent en Slovaquie, ce qui représente 10% de la population. Les relations entre les deux pays voisins se sont encore compliquées en 2006 lorsque le socialiste Robert Fico (SMER) dût établir une coalition gouvernementale incluant le Parti National Slovaque à la rhétorique xénophobe et anti-hongroise.

Guillaume Carré

Budapest: Les Rroms manifestent contre le fascisme

Budapest : Les Rroms manifestent contre le fascisme - "L'Humanité" le 18 septembre 2008

A l’appel de plusieurs organisations rromes et soutenue par le Parlement National Rrom de Hongrie, la communauté rrome a décidé pour la toute première fois de manifester samedi 20 septembre à Budapest contre l’extrême droite et contre la banalisation des propos à caractère haineux à leur encontre.

Depuis l’automne 2006 et les émeutes anti-gouvernementalesla Hongrie connaît une forte recrudescence des activités d’extrême droite. Si le poids réel de l’extrême droite hongroise est difficilement quantifiable, tous les observateurs s’accordent sur le fait que celle-ci est de plus en plus présente dans la vie publique à travers des actions de plus en plus nombreuses et surtout de plus en plus en violentes, comme la contre manifestation lors de la Gay Pride budapestoise en juillet 2008. 

Dans la société hongroise les préjugés contre les Rroms sont extrêmement répandus, suivant une logique d’inversion, malheureusement classique, qui tend à  confondre les conséquences de la misère avec ses causes. Ainsi la désocialisation que connaît une partie des Rroms n’est pas considérée par la majorité de l’opinion publique hongroise comme résultant de problèmes sociaux et économiques concrets aggravés par  l’exclusion dont ils font l’objet mais est au contraire perçue comme émanant d’un manquement moral personnel qui paradoxalement toucherait la majorité des membres de cette communauté car elle lui serait intrinsèque, refus de travailler, de scolariser leurs enfants, violence, délinquance, etc.

Jusqu’à présent ces préjugés à l’encontre des Rroms ne se traduisaient pas politiquement même du côté d’une extrême droite  préférant les thèmes de l’antisémitisme larvé, de l’ultra nationalisme, voire dans une certaine mesure du cléricalisme. Ce n’est que depuis une année que l’une des principales organisations d’extrême droite les Jobbik, qui ont en été 2007 créé une organisation paramilitaire, la Garde Hongroise, tente d’exploiter politiquement le racisme anti-rrom. Prenant prétexte de faits divers impliquant des Rroms, la Garde Hongroise a organisé en province plusieurs manifestations contre la « délinquance tsigane » défilant en uniformes noirs et rangers dans des quartiers peuplés principalement de Rroms, vivant souvent dans la misère, afin de les intimider.

Pour Jozsef Ignacz, rédacteur en chef de la radio rrome, Radio C, la classe politique hongroise, tous partis confondus, porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle : « aucun gouvernement qu’il soit de gauche ou de droite n’a sérieusement entrepris d’action énergique pour changer la condition des Rroms laissant aux ONG, rromes ou non, colmater les brèches. Paradoxalement le regain d’activité anti-rrom de l’extrême droite pourrait permettre de remettre certaines questions au centre du débat public ».

Janos Bogdan Junior, attaché de presse au Parlement National Rrom, espère que de nombreux non-rroms se joindront à la manifestation de samedi « une gifle infligée à un citoyen hongrois doit être ressentie avec douleur par tous ses compatriotes, la lutte contre l’extrême droite ne doit surtout pas rester l’affaire des seuls Rroms, car la menace à laquelle nous sommes confrontés implique l’ensemble de la société ! ».

Guillaume Carré
Budapest le 18 septembre 2008

République tchèque: Grève de la faim - Pour "L'Humanité" le 30 mai 2008

République Tchèque : Grève de la faim contre le projet de radar militaire américain

Depuis le 13 mai, les  deux pacifistes tchèques, Jan Tamas et Jan Bednar, mènent une grève de la faim contre l’implantation en territoire tchèque d’un système de radar américain, non loin de Prague à Brdy. Malgré l’opposition de près de 70% des Tchèques, le Premier Ministre conservateur Mirek Topolanek s’apprête à recevoir début juin Condolezza Rice afin de finaliser le projet. Dix autres personnes, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis et en Australie ont depuis rejoint Tamas et Bednar dans leur grève de la faim. Par ailleurs ils ont reçu des messages de solidarité de Noam Chomsky et de Dario Fo.

Le projet de système de radar à Brdy s’inscrit dans un plan plus vaste nommé NMD (acronyme anglais National Missile Defense) qui à terme comprendra des bases américaines dans le monde entier, le cas de Brdy et du projet de base anti-missile en Pologne ne sont que les pendants européens du NMD.

Officiellement les projets américains en République Tchèque et en Pologne devraient protéger l’Europe contre un éventuel danger venant du Moyen-Orient, plus particulièrement d’Iran. Mais nombre d’experts estiment que c’est en fait la Fédération de Russie qui est visée par les manœuvres américaines, d’ailleurs cette dernière n’a pas tardé à vivement dénoncer le projet.

Dans ces conditions la grande majorité des Tchèques ne veulent pas voir leur pays au cœur d’un mauvais remake de la guerre froide. Selon différents sondages entre 70 et 80% des Tchèques seraient contre l’installation du radar américain. Loin de rassurer, NMD fait craindre une crispation des relations internationales, une relance de la course aux armements et même à terme une militarisation de l’espace.

Le 14 mai, Jan Tamas, l’un des grévistes de la faim lors d’une interview à Radio Prague, s’étonne de l’attitude peu démocratique du gouvernement Topolanek qui feint d’ignorer l’hostilité de la grande majorité de la population à sa politique pro-américaine : « Pour nous, ce n’est plus seulement la question du radar ou de la présence d’une armée étrangère sur notre territoire, mais c’est aussi la démocratie qui est en jeu ». Jan Tamas et son camarade Jan Bednar réclament, pour mettre fin à leur grève de la faim, qu’un référendum soit organisé sur la question du radar américain, avec peu d’illusions.

Guillaume Carré

Hongrie: Un criminel de guerre nazi à Budapest: Sandor Kepiro

Hongrie : Un criminel de guerre nazi à Budapest

Après avoir vécu 50 ans en Argentine Sandor Kepiro est revenu en 1996 vivre à Budapest sans être inquiété. Pourtant cet ancien capitaine de gendarmerie hongrois est accusé d’avoir activement participé au massacre de plus de 1.200 Juifs et Serbes en janvier 1942 à Novi Sad au Nord de la Serbie (alors sous occupation hongroise). Agé à présent de 94 ans Kepiro a récemment été identifié par le Centre Simon Wiesenthal spécialisé dans la traque aux anciens criminels de guerre nazis.

Dans son modeste appartement du centre de Budapest, Andras (le prénom a été modifié) se remémore cette journée glaciale du 23 janvier 1942. « J’étais encore enfant, j’allais juste dans ma 5ème année, fils unique je vivais à Novi Sad avec mon père et ma mère. La gendarmerie hongroise est venue nous chercher, ils nous ont dit de ne prendre que le stricte nécessaire et par petit groupe ils nous ont amenés sur les berges du Danube. Là, se trouvait une foule assez importante. Nous entendions au loin des bruits de mitraillettes. En fait, nous faisions la queue, attendant notre tour pour être assassiné. Mais des ordres sont venus pour mettre fin au massacre ». Entre temps plus de 1.200 personnes avaient déjà été tuées à l’arme automatique.

A l’époque du massacre Kepiro servait comme gradé dans la gendarmerie hongroise. Il ne lui est pas reproché d’avoir directement assassiné des gens mais d’avoir organisé le tri entre Juifs et non-Juifs. Des familles serbes et rroms ont également été victimes du massacre, qui a conduit plusieurs centaines de personnes à la mort.

Fait exceptionnel, Sandor Kepiro est l’un des rares criminels de guerre a avoir été jugé pendant la guerre. Début 1944, le régime ultra-réactionnaire de l’Amiral Miklos Horthy, allié aux nazis, cherche à signer une paix séparée et tente d’effacer ses responsabilités quant aux crimes qui ont été commis. Kepiro sera donc en janvier 1944 condamné à 10 ans de prisons pour avoir « déshonoré la gendarmerie ». Le régime Horthy renversé quelques semaines plus tard par les nazis, Kepiro ne purgera jamais sa peine et sera même réintégré dans la gendarmerie. En 1946, Kepiro sera une deuxième fois condamné, par contumace,  par un tribunal hongrois à 16 ans de prison.

Szilvia Dittel a apporté son soutien à Budapest au Centre Simon Wiesenthal. Elle se fait peu d’illusions quant à une éventuelle inculpation de Sandor Kepiro. La Justice hongroise traîne des pieds. Ils ne veulent pas remuer le passé. Ils espèrent que Kepiro meurt de sa belle mort le plus vite possible. En ce qui nous concerne, nous nous disons que connaissant son passé le regard que les proches de Kepiro vont porter sur lui est déjà une punition ».

Guillaume Carré

Hongrie : Explosion de la coalition gouvernementale socialiste-libérale - Pour l'Humanité le 2 avril 2008

Hongrie : Explosion de la coalition gouvernementale socialiste-libérale

Après le désaveu cinglant du référendum du 9 mars le Premier Ministre socialiste Ferenc Gyurcsàny pensait avoir touché le fond, il se trompait. Avec à peine 25% d’opinions favorables, une situation économique et financière désastreuse, une politique d’austérité honnie par la population, le Parti socialiste hongrois devra dès le 1er mai maintenir au pouvoir un gouvernement minoritaire au Parlement.

Lors du référendum du 9 mars, appelé par l’opposition conservatrice, c’est la politique que les socialistes hongrois présentent volontiers comme « blairiste » qui a été rejetée. La privatisation rampante de la Santé et de la Sécurité sociale, processus dont les premières mesures sont anodines ou indolores, comme les frais de visites médicales à 1,20 euro ou la privatisation partielle des caisses de sécurité sociale (qui pour l’instant n’a aucune incidence pour les cotisants), sont les points qui indignent et inquiètent le plus les Hongrois.

Or ce sont justement sur ces points que le petit parti libéral a le plus fait preuve d’intransigeance. Le SzDSz, parti historique de la transition démocratique, est devenu en 10 ans un nain politique. Parti des intellectuels, extrêmement progressiste sur les questions sociétales, il fait par contre preuve d’un dogmatisme rigide sur les questions économiques, il prône un état minimum et voit en la solidarité nationale un coupable penchant démagogique.

Face au Fidesz, la droite ultra conservatrice, qui fait ouvertement du pied à l’extrême droite et qui instrumentaliste la problématique sociale, malgré sa politique largement en faveur des classes aisées et de la tranche supérieure des classes moyennes lors de son passage au pouvoir de 1998 à 2002, le gouvernement socialiste a voulu envoyer un message de modération quant à sa politique libérale. Agnes Horvath, la Ministre libérale de la Santé, extrêmement impopulaire, semblait la victime toute désignée de la nouvelle stratégie du gouvernement qui voudrait bien se donner une image un peu moins antisociale. Or la mise à l’écart d’Horvath, loin d’être un coup dur pour le SzDSz a au contraire été l’occasion toute trouvée pour quitter le navire à temps.

Avec un peu moins de la moitié des sièges au Parlement (190 sur 386) les socialistes hongrois prétendent pouvoir continuer normalement à gouverner jusqu’aux élections du printemps 2010. Les libéraux qui dans les sondages vivotent autour des 2-3% d’intentions de votes espèrent, eux, que leur cure d’opposition garantira leur survie politique lors des prochaines législatives (il faut atteindre 5% des votes pour siéger au Parlement hongrois). Quant à l’opposition conservatrice elle réclame à cor et à cri des élections anticipées, scénario qui est loin d’être exclu malgré le fait que certaines mauvaises langues à gauche mettent en doute la réelle volonté de la droite de procéder à de telles élections, la droite préférant, selon eux, accéder au pouvoir en 2010 une fois que la politique d’austérité aura apporté une certaine stabilité au pays.

Guillaume Carré

Budapest le 2 avril 2008