Hongrie : Refus de la privatisation de la Sécurité Sociale
Lundi 17 décembre, la majorité sociale-démocrate veut faire passer au Parlement sa réforme de la Sécurité Sociale qui consiste essentiellement à privatiser, à hauteur de 49%, les caisses de remboursement. Derrière cette réforme aux conséquences immédiates limitées, les Hongrois ont la conviction que c’est à terme le principe même de solidarité nationale qui est ébréché. Soutenus par la majorité des personnes interrogées (63% selon le sondage Median publié le 12 décembre)les syndicats ont d’ores et déjà appelé à la grève lundi au cas où la réforme serait adoptée par le Parlement.
S’il y a des pilules amères qui ont du mal à passer, c’est le cas de l’actuelle réforme de la Sécurité Sociale. Le texte qui sera présenté lundi a été l’objet d’âpres négociations entre le Parti Socialiste, du Premier Ministre Ferenc Gyurcsany, et le petit parti libéral, membre de la coalition gouvernementale. Au sein même du gouvernement, parmi les socialistes, des voix discordantes se font entendre contre une réforme impopulaire voulue en premier lieu par les libéraux.
Le politologue Zsolt Boda, qui milite contre la réforme explique : « Que le système de santé hongrois soit malade et ait besoin d’être réformé n’est contesté par personne, mais cette réforme, loin de régler les problèmes actuels, ne va qu’aggraver la situation. En principe les contribuables pourront librement choisir leurs caisses alors que celles-ci feront jouer la concurrence entre hôpitaux pour s’associer à ces derniers. Nous savons par expérience, voir le cas de la Slovaquie, que ces caisses semi-privatisées cherchent à attirer des contribuables en bonne santé et à dissuader les autres, bien que cela soit illégal il existe des techniques discrètes pour arriver à ce résultat. Le corps médical s’inquiète aussi du rapport entre hôpitaux et secteur privé, on sait que pour soigner une même maladie il existe des traitements différents dont le coût mais aussi l’efficacité varient ! Or il est logique que les caisses de remboursement privilégient les hôpitaux dont les coûts seront les plus faibles quitte à ce que la qualité des soins en pâtisse ! »
Guillaume Carré
Budapest le 13 décembre 2007