Hongrie : Explosion de la coalition gouvernementale socialiste-libérale
Après le désaveu cinglant du référendum du 9 mars le Premier Ministre socialiste Ferenc Gyurcsàny pensait avoir touché le fond, il se trompait. Avec à peine 25% d’opinions favorables, une situation économique et financière désastreuse, une politique d’austérité honnie par la population, le Parti socialiste hongrois devra dès le 1er mai maintenir au pouvoir un gouvernement minoritaire au Parlement.
Lors du référendum du 9 mars, appelé par l’opposition conservatrice, c’est la politique que les socialistes hongrois présentent volontiers comme « blairiste » qui a été rejetée. La privatisation rampante de la Santé et de la Sécurité sociale, processus dont les premières mesures sont anodines ou indolores, comme les frais de visites médicales à 1,20 euro ou la privatisation partielle des caisses de sécurité sociale (qui pour l’instant n’a aucune incidence pour les cotisants), sont les points qui indignent et inquiètent le plus les Hongrois.
Or ce sont justement sur ces points que le petit parti libéral a le plus fait preuve d’intransigeance. Le SzDSz, parti historique de la transition démocratique, est devenu en 10 ans un nain politique. Parti des intellectuels, extrêmement progressiste sur les questions sociétales, il fait par contre preuve d’un dogmatisme rigide sur les questions économiques, il prône un état minimum et voit en la solidarité nationale un coupable penchant démagogique.
Face au Fidesz, la droite ultra conservatrice, qui fait ouvertement du pied à l’extrême droite et qui instrumentaliste la problématique sociale, malgré sa politique largement en faveur des classes aisées et de la tranche supérieure des classes moyennes lors de son passage au pouvoir de 1998 à 2002, le gouvernement socialiste a voulu envoyer un message de modération quant à sa politique libérale. Agnes Horvath, la Ministre libérale de la Santé, extrêmement impopulaire, semblait la victime toute désignée de la nouvelle stratégie du gouvernement qui voudrait bien se donner une image un peu moins antisociale. Or la mise à l’écart d’Horvath, loin d’être un coup dur pour le SzDSz a au contraire été l’occasion toute trouvée pour quitter le navire à temps.
Avec un peu moins de la moitié des sièges au Parlement (190 sur 386) les socialistes hongrois prétendent pouvoir continuer normalement à gouverner jusqu’aux élections du printemps 2010. Les libéraux qui dans les sondages vivotent autour des 2-3% d’intentions de votes espèrent, eux, que leur cure d’opposition garantira leur survie politique lors des prochaines législatives (il faut atteindre 5% des votes pour siéger au Parlement hongrois). Quant à l’opposition conservatrice elle réclame à cor et à cri des élections anticipées, scénario qui est loin d’être exclu malgré le fait que certaines mauvaises langues à gauche mettent en doute la réelle volonté de la droite de procéder à de telles élections, la droite préférant, selon eux, accéder au pouvoir en 2010 une fois que la politique d’austérité aura apporté une certaine stabilité au pays.
Guillaume Carré
Budapest le 2 avril 2008