Hongrie : Un criminel de guerre nazi à Budapest
Après avoir vécu 50 ans en Argentine Sandor Kepiro est revenu en 1996 vivre à Budapest sans être inquiété. Pourtant cet ancien capitaine de gendarmerie hongrois est accusé d’avoir activement participé au massacre de plus de 1.200 Juifs et Serbes en janvier 1942 à Novi Sad au Nord de la Serbie (alors sous occupation hongroise). Agé à présent de 94 ans Kepiro a récemment été identifié par le Centre Simon Wiesenthal spécialisé dans la traque aux anciens criminels de guerre nazis.
Dans son modeste appartement du centre de Budapest, Andras (le prénom a été modifié) se remémore cette journée glaciale du 23 janvier 1942. « J’étais encore enfant, j’allais juste dans ma 5ème année, fils unique je vivais à Novi Sad avec mon père et ma mère. La gendarmerie hongroise est venue nous chercher, ils nous ont dit de ne prendre que le stricte nécessaire et par petit groupe ils nous ont amenés sur les berges du Danube. Là, se trouvait une foule assez importante. Nous entendions au loin des bruits de mitraillettes. En fait, nous faisions la queue, attendant notre tour pour être assassiné. Mais des ordres sont venus pour mettre fin au massacre ». Entre temps plus de 1.200 personnes avaient déjà été tuées à l’arme automatique.
A l’époque du massacre Kepiro servait comme gradé dans la gendarmerie hongroise. Il ne lui est pas reproché d’avoir directement assassiné des gens mais d’avoir organisé le tri entre Juifs et non-Juifs. Des familles serbes et rroms ont également été victimes du massacre, qui a conduit plusieurs centaines de personnes à la mort.
Fait exceptionnel, Sandor Kepiro est l’un des rares criminels de guerre a avoir été jugé pendant la guerre. Début 1944, le régime ultra-réactionnaire de l’Amiral Miklos Horthy, allié aux nazis, cherche à signer une paix séparée et tente d’effacer ses responsabilités quant aux crimes qui ont été commis. Kepiro sera donc en janvier 1944 condamné à 10 ans de prisons pour avoir « déshonoré la gendarmerie ». Le régime Horthy renversé quelques semaines plus tard par les nazis, Kepiro ne purgera jamais sa peine et sera même réintégré dans la gendarmerie. En 1946, Kepiro sera une deuxième fois condamné, par contumace, par un tribunal hongrois à 16 ans de prison.
Szilvia Dittel a apporté son soutien à Budapest au Centre Simon Wiesenthal. Elle se fait peu d’illusions quant à une éventuelle inculpation de Sandor Kepiro. La Justice hongroise traîne des pieds. Ils ne veulent pas remuer le passé. Ils espèrent que Kepiro meurt de sa belle mort le plus vite possible. En ce qui nous concerne, nous nous disons que connaissant son passé le regard que les proches de Kepiro vont porter sur lui est déjà une punition ».
Guillaume Carré