République Tchèque : Grève de la faim contre le projet de radar militaire américain
Depuis le 13 mai, les deux pacifistes tchèques, Jan Tamas et Jan Bednar, mènent une grève de la faim contre l’implantation en territoire tchèque d’un système de radar américain, non loin de Prague à Brdy. Malgré l’opposition de près de 70% des Tchèques, le Premier Ministre conservateur Mirek Topolanek s’apprête à recevoir début juin Condolezza Rice afin de finaliser le projet. Dix autres personnes, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis et en Australie ont depuis rejoint Tamas et Bednar dans leur grève de la faim. Par ailleurs ils ont reçu des messages de solidarité de Noam Chomsky et de Dario Fo.
Le projet de système de radar à Brdy s’inscrit dans un plan plus vaste nommé NMD (acronyme anglais National Missile Defense) qui à terme comprendra des bases américaines dans le monde entier, le cas de Brdy et du projet de base anti-missile en Pologne ne sont que les pendants européens du NMD.
Officiellement les projets américains en République Tchèque et en Pologne devraient protéger l’Europe contre un éventuel danger venant du Moyen-Orient, plus particulièrement d’Iran. Mais nombre d’experts estiment que c’est en fait la Fédération de Russie qui est visée par les manœuvres américaines, d’ailleurs cette dernière n’a pas tardé à vivement dénoncer le projet.
Dans ces conditions la grande majorité des Tchèques ne veulent pas voir leur pays au cœur d’un mauvais remake de la guerre froide. Selon différents sondages entre 70 et 80% des Tchèques seraient contre l’installation du radar américain. Loin de rassurer, NMD fait craindre une crispation des relations internationales, une relance de la course aux armements et même à terme une militarisation de l’espace.
Le 14 mai, Jan Tamas, l’un des grévistes de la faim lors d’une interview à Radio Prague, s’étonne de l’attitude peu démocratique du gouvernement Topolanek qui feint d’ignorer l’hostilité de la grande majorité de la population à sa politique pro-américaine : « Pour nous, ce n’est plus seulement la question du radar ou de la présence d’une armée étrangère sur notre territoire, mais c’est aussi la démocratie qui est en jeu ». Jan Tamas et son camarade Jan Bednar réclament, pour mettre fin à leur grève de la faim, qu’un référendum soit organisé sur la question du radar américain, avec peu d’illusions.
Guillaume Carré