La Hongrie en première ligne contre les OGM -pour "L'Humanité" du 6 février 2009
Le 21 janvier 2009 la Commission Européenne sur la proposition de l’AESA (L’Agence Européenne pour la Sécurité Alimentaire) a demandé à la Hongrie de lever son moratoire sur les OGM et plus spécifiquement sur le seul qui soit autorisé dans l’Union Européenne, le MON 810 de la firme Monsanto. Budapest a refusé la proposition de la Commission Européenne
En 2005, peu de temps après son adhésion à l’Union Européenne,la Hongrie avait décidé de bannir les OGM de son territoire jusqu’à ce que la communauté scientifique ait acquis plus d’éléments sur la question.La Hongrie a ainsi été le premier pays de l’Union Européenne à prendre une telle mesure.
La position défavorable aux OGM fait consensus dans le pays. Les 5 principaux partis politiques hongrois se sont mis d’accord pour une politique commune visant à empêcher la culture transgénique en Hongrie. Cette politique n’est pas seulement due à des considérations environnementales,la Hongrie, second producteur de maïs aprèsla France, espère aussi profiter commercialement du label « sans-OGM » de ses produits. Joszef Graf, le Ministre de l’Agriculture a ainsi récemment déclaré que les produits agricoles hongrois « sans-OGM » pourraient dans le futur être vendus sur les marchés de 20 à 25% plus chers que les produits contenant des OGM.
Le 2 mars le Conseil des Ministres de l’Environnement débattra du moratoire hongrois sur le MON 810. Si le Conseil des Ministres demande la levée du moratoire hongrois, ce qui semble probable,la Hongrie aura encore d’autres recours et il est peu vraisemblable que la Hongrie doive accepter les OGM contre son gré.
Le Conseil des Ministres du 2 mars aura des conséquences bien au delà de la Hongrie,la France et la Grèce ont également imposé un moratoire sur le MON 810 et une défaite de la Hongrie affaiblirait la position de ces deux pays dont le cas devrait être débattu en juin par le même Conseil des Ministres. La fin de ces moratoires pourrait aussi faciliter l’introduction voulue par la Commission Européenne de deux autres OGM, le TC 1507 (Pionee) et le Bt 11 (Syngenta).
La position « pro-OGM » de la Commission se base sur le groupe de travail de la AESA. Balazs Tomori responsable à Budapest de la question des OGM à Greenpeace s’étonne : « Nous ne sommes pas sûrs que les scientifiques de ce groupe de travail soient réellement indépendants et comment se fait-il que l’ensemble du monde scientifique trouve des inconvénients ou matière à inquiétudes par rapport aux OGM et que les travaux de ce groupe de travail soient unilatéralement positifs quant aux OGM ? ».
Guillaume Carré