Milice d’extrême droite en Hongrie : La Magyar Garda
Leur recette : faire jeune, ou plutôt assaisonner les bonnes vieilles idées xénophobes avec un style jeune cadre dynamique, et ça marche ! Finies les blagues antisémites sur Auschwitz autour d’une bouteille de Soproni, la bière locale, à présent le racisme porte un costard cravate et la raie bien tracée sur le côté. Ils font tellement « jeunes gens fréquentables » que le Fidesz, principal parti de droite qui est dans l’opposition face aux très impopulaires sociaux démocrates (MSzP), n’hésite pas localement à s’allier avec eux. Mais malheureusement il manquait à cette nouvelle stratégie, « raciste oui, mais propre sur soi », une dimension ludique. La création de la Magyar Garda en été 2007 est venue combler ce manque. A présent en plus d’écouter les discours soporifiques de leurs deux leaders Gabor Vona et Krisztina Morvai, les jeunes racistes hongrois peuvent s’adonner à des exercices militaires, c’est quand même cool la guerre !
Mais la Magyar Garda, qui, pour ne pas être interdite, doit se présenter comme association « culturelle » ne pense pas seulement à s’amuser, elle a une autre ambition : effrayer. Le problème auquel est confrontée la Magyar Garda est qu’en Hongrie il n’existe pas le moindre début de mouvement anti-fasciste à essayer d’intimider, alors les miliciens ont eu une idée : faire peur à la partie de la population hongroise la plus pauvre et la plus vulnérable, c’est à dire les Roms. Bon, ça peut donner l’impression de s’en prendre à plus faible que soi, mais a-t-on jamais vu l’extrême droite s’attaquer à plus fort qu’elle ?
Les Jobbik-Magyar Garda après s’être proclamés experts en criminologie ont accouché d’un nouveau concept, celui de la « délinquance tsigane » qui selon eux serait de nature totalement différente de la délinquance classique (c’est-à-dire de celle dont les auteurs ont la peau un peu moins basanée). Au nom de la lutte contre la « délinquance tsigane » la Magyar Garda a organisé des défilés style militaire dans des villages isolés où se trouvaient d’importantes communautés romes. Il n’est pas difficile d’imaginer l’impression qu’a pu faire sur les familles romes la vue de plusieurs centaines de paramilitaires d’extrême droite défilant dans leur village et ceci dans la quasi indifférence du reste de la société hongroise.
Forts de leur milice les Jobbik aimeraient bien faire leur entrée sur la scène politique par la grande porte en se présentant aux élections européennes. Les instituts de sondages leur accordent un siège, dans un an lors des élections législatives hongroises les Jobbik pourraient également siéger au Parlement de Budapest… Guillaume Carré