Vent de panique sur le marché immobilier hongrois
En Hongrie, où de nombreux particuliers se sont endettés en devises étrangères pour acheter leur logement, l’effondrement du forint commence à avoir des conséquences catastrophiques. Pour les spécialistes de la question, le surendettement lié à l’immobilier pourrait avoir des répercutions imprévisibles.
Viktoria, la trentaine, travaille dans un cabinet d’architecture, avec un salaire net de 170.000 forints par mois (ce qui correspondait avant la crise à 680 euros et à présent à seulement 570 euros) elle gagne plutôt bien sa vie pour une Budapestoise.
Dans un pays où 90 % de la population est propriétaire de son logement, Viktoria a, en 2006, tout naturellement décidé d’acheter un deux pièces de 53 m2 en centre ville. Elle emprunte donc 8 millions de forints (32.000 euros avant la crise) remboursables mensuellement sur 25 ans auprès de la banque Erste.
« Le prêt m’a été accordé assez facilement dit-elle dans un soupir, l’agence immobilière comme la banque m’ont conseillé d’emprunter en francs suisses car c’est une devise plus stable. Ils ne m’ont à aucun moment prévenue des risques, ils se sont contentés de dire que le taux de remboursement mensuel fluctuerait légèrement en fonction du taux de change. A l’époque je devais rembourser 55.000 forints par mois, ce qui correspond à peu près un tiers de mon salaire, maintenant je dois rembourser 70.000 forints par mois ! Je ne m’en sors plus, je n’en dors plus la nuit, je ne peux même pas revendre mon appartement car il a perdu toute sa valeur… »
Le cas de Viktoria n’est pas isolé. « Les chiffres précis n’existent pas mais nous savons que le surendettement lié à l’achat d’un logement est un phénomène massif » explique Mark Szabo analyste au Perspective Institut. Les chiffres avancés par le chercheur donnent le tournis, l’endettement lié au logement représenterait pas moins de 13% du produit intérieur brut hongrois.
En 2000 52% des prêts étaient accordés en devises étrangères contre 80% en 2008 (surtout en francs suisses et en euros). « Ni l’Etat ni les banques ont assumé leurs responsabilités, s’agace Mark Szabo, à aucun moment ils n’ont prévenu le public des risques de s’endetter dans une devise étrangère, ils n’ont jamais pris en considération que le forint pourrait éventuellement un jour perdre beaucoup de sa valeur ! Un vent de panique est en train de souffler et ce n’est que le début, les banques se retrouvent avec des logements de clients insolvables, logements dont ils ne savent que faire car à présent invendables ! »
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